Un graphisme et des décors somptueux

Un graphisme et des décors somptueux

Puiser l'avant-garde aux sources de l'histoire européenne. Tel est le grand défi, très controversé, que lancent Walt Disney et Eyvind Earle tout à la fois au public et à leur équipe, avec le choix d'un style graphique qui rompt avec toutes les productions précédentes.

L'inspiration, dans les motifs et les décors très ornementés, est clairement tirée des tapisseries pré-Renaissance comme celles de la Dame à la Licorne, conservées au musée de Cluny.

Avec ce film, Walt Disney voulait constituer l'apogée de l'art du film d'animation, et se démarquer radicalement de tout ce qui avait été fait dans les studios auparavant. Pour y parvenir, c'est notamment du côté du graphisme qu'il fallait se tourner.

Des sources d'inspiration médiévales

John Hench, un des directeurs artistiques que Walt Disney tenait en très haute estime, était allé visiter les collections d'art médiéval du musée des Cloîtres (New York), parmi lesquelles les célèbres tapisseries franco-belges de La Chasse à la licorne, datant la fin du XVe siècle. Il s'en inspira, et Disney fut conquis par les reproductions et les premiers essais qu'il lui présenta. 

Eyvind Earle et l'interprétation des maîtres anciens

Pour la supervision des couleurs et du stylisme, Walt Disney se tourna vers Eyvind Earle, un artiste de décors qu'il avait remarqué depuis son arrivée dans les studios en 1951. Eyvind Earle travailla pendant cinq ans sur ce film, réalisant lui-même la plupart des décors, et supervisant le travail de nombreux assistants pour les forêts où se rencontrent Eglantine et le prince. La composition très riche des décors est donc à l'image de l'iconographie médiévale, avec beaucoup de détails documentés et précis, chaque décor lui demandant en moyenne une semaine de travail. Les inspirations de Earle étaient nombreuses et diverses, jusqu'aux miniatures persanes et aux paysages des estampes japonaises; mais l'ensemble reste surtout marqué par l'art médiéval européen. Il reprit l'esthétique des tapisseries du Moyen Age, et des Très Riches Heures du duc de Berry, chef-d'oeuvre de la plus pure tradition médiévale, avec leurs motifs végétaux richement ornementés, où premiers et arrière-plans apparaissent avec la même netteté. Eyvind Earle emprunta encore à la pré-renaissance française et italienne, tel Boticelli, mais aussi aux maîtres flamands. Il les réinterpréta avec une grande modernité, élaborant des images très stylisées, structurées par des lignes verticales et horizontales et des perspectives planes. La beauté formelle du film avec son abstraction un peu austère, est unique. L'architecture de la maison de bûcheron dans la forêt fait référence aux scènes villageoises de Pieter Bruegel le Jeune. Attiré par son chant, le prince découvre Eglantine dans les bois. L'inspiration des primitifs de la Renaissance est très claire.

Eyvind Earle, artiste hors cadre

Cet illustrateur, styliste et peintre visionnaire arrive aux Studios Disney en 1951 où il travaille comme artiste background. Earle était déja un peintre connu à New York où il exposait et recevait les compliments du Metropolitain Museum of Art. Il travailla aussi sur les décors des films tels que la Belle et le Clochard ou encore Peter Pan ainsi que pour des courts métrages, notamment Toot, Whistle, et Plunk And Bloom, qui remporta un Academy Award ainsi qu'un prix à Cannes.

#Ashley

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