Un film de son temps

Un film de son temps

Les Aventures de Bernard et Bianca ne sont ni un conte ni une fable, mais une histoire moderne imprégnée de son époque. Le contexte de guerre froide donne au film une dimension internationale.

Certaines évolutions du scénario sont significatives. Dans les romans de Margery Sharp, la société se réunissait dans la cave d'un cabaret. Dans le film, le choix de situer le siège de la SOS Société dans les sous-sols du bâtiment de l'Organisation des Nations-Unies (ONU) est très symbolique.

La SOS Société, pendant de l'ONU

La célèbre organisation internationale a pour objectif de maintenir la paix dans le monde, et, dans cette période de guerre froide, des allusions se glissent avec humour dans le scénario. On voit ainsi arriver au congrès le représentant de la Lettonie, pays absent de l'ONU à cette date. Bianca représente la Hongrie, pays à l'époque dans l'orbite politique de l'URSS, et elle va faire équipe avec Bernard, qui est quant à lui américain. Leurs efforts conjoints mèneront au succès de leur mission.

L'engagement humaniste

L'organisation internationale des souris, engagée dans des objectifs humanitaires, apparaît comme un pendant efficace de l'ONU. Là où les grands humains peuvent échouer, les petits peuvent soulever des montagnes. On peut lire en filigrane dans cette aventure un manifeste contre le travail des enfants et l'esclavage moderne : Médusa kidnappe Penny parce qu'elle est petite et peut se glisser dans le puits menant à la grotte où se trouve le diamant tant convoité. Cet acte barbare n'est pas sans évoquer l'exploitation des enfants dans les boyaux étroits des mines dans certains pays. Médusa et Penny sont, chacune à sa manière, des personnages féminins téméraires.

Des héroïnes modernes

Nouveauté notable, ce film met en vedette non plus un mais trois personnages féminins, qui, loin d'être des victimes, sont, chacune à sa façon, des personnages forts et de caractère, tandis que les personnages masculins apparaissent avant tout comme des faire-valoir : Bianca entraîne Bernard, Médusa malmène son complice, l'avocat véreux Snoops. Fait intéressant, Penny prit une importance inattendue à la suite des premiers visionnages, l'équipe prenant conscience que c'était elle qui portait la charge émotionnelle du film. Ainsi, la fillette, bien qu'âgée de huit ans et orpheline, se montre particulièrement courageuse tout au long de l'aventure. Sans relâche, elle cherche à s'enfuir et tient tête à ses bourreaux, y compris les dangereux et sournois crocodiles, sbires de Médusa. Quant à Médusa, elle s'inscrit en bonne place dans la dynastie des grandes méchantes de Disney. Certes, c'est une virago ridicule et plutôt laide, mais c'est aussi une charmeuse qui assume sa féminité, revêtant une robe au décolleté vertigineux et au rouge incendiaire, et conduisant son bateau de main de... maîtresse !

Médusa : le dernier chef d'oeuvre de Milt Kahl

Médusa devait être la dernière création de Milt Kahl avant son départ à la retraite. Il la voulut donc originale et parfaite. C'est Ken Anderson, scénariste superviseur de ce film, qqui met au point sa personnalité. Il fut envisagé un moment de reprendre les caractéristiques de Cruella d'Enfer, créée par Marc Davis pour les 101 Dalmatiens (1961). Mais pour Milt Kahl; pas question que Médus ressemble de près ou de loin à Cruella. Il fera aussi bien que Marc Davis, mais autrement ! C'est donc lui qui donna à Médusa son apparence physique et affina sa personnalité. La légende veut qu'il se soit inspiré de son ex-épouse, en plus de l'actrice qui prêta sa voix au personnage, Geraldine Page. Milt Kahl se réjouissait de se consacrer à un seul personnage de bout en bout. Cet animateur, qui a marqué les Studios Disney, réussit son pari, et sa sortie. La méchante Médusa contribue également au comique du film.

#Ashley

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