L'incarnation du Mal

L'incarnation du Mal

Terrible, prodigieuse, splendide et théâtrale, Maléfique est une création très réussie des studios Disney. Celle qui se proclame elle-même la "maîtresse des démons" apparaît comme une créature diabolique et fatale, à laquelle nul ne peut s'opposer.

Maléfique est redoutable tout autant pour sa malveillance que pour son intelligence. Son entrée en scène, spectaculaire, lors de la fête qui réunit tous les sujets du roi Stéphane pour célébrer la naissance de la princesse Aurore, est à la mesure de son pouvoir de nuisance. Pour légitimer son irruption parmi les marraines fées (Flora, Pâquerette et Pimprenelle), elle prend prétexte de l'affront qui lui a été fait de ne pas être conviée au baptême. Personne ne peut dès lors lui interdire de faire elle aussi un don à la petite Aurore : la malédiction sinistre qui veut que la jeune fille se piquera le doigt à une quenouille et en mourra, avant son 16e anniversaire. Heureusement, cachée derrière son rideau, une des petites fées marraines n'a pas encore pris la parole... Majestueuse et terrible, Maléfique est l'un des personnages les plus graphiques de tous les films Disney. Recherche autour du personnage. Maléfique apparaît comme une sombre silhouette de vampire.

La beauté du diable

A l'instar des trois bonnes fées, présentées par le héraut comme "Leurs Vénérables et Vénérées Excellences", Maléfique occupe un rang élevé dans la hiérarchie du royaume, en tant qu'entité magique, et la reine Oriane s'adresse à elle avec révérence : "Votre Excellence". Mais comme la méchante reine de Blanche-Neige, Maléfique est l'incarnation d'une beauté froide et sans âme, isolée dans son château, à l'écart du monde des humains. La fée Pâquerette évoque d'ailleurs son isolement,une caractéristique déjà présente dans la Belle au Bois Dormant de Perrault : la méchante sorcière n'a pas été vue depuis 50 ans, au point que tous la croient morte et s'en réjouissent. La méchante marraine, la 8e fée de Perrault, la 13e fée chez Grimm; la fée Carabosse de Tchaïkovski... Toutes étaient dépeintes sous les traits de femmes laides et tremblotantes, courbées sous le poids des années. Si les premières recherches des animateurs de Disney suivirent cette direction, elle fut rapidement abandonnée au profit d'une figure radicalement différente, une figure plus trouble. Disney transmuera donc la vieille femme délaissée et méprisée en une enchanteresse d'une sinistre beauté régnant sur les forces du Mal et n'usant de ses pouvoirs immenses que pour répandre le malheur et accomplir sa vengeance. La seule puissance de sa parole, qui scelle la destinée de tout un royaume, est au coeur et au fondement du film.

Marc Davis

Marc Davis est engagé par les Studios Disney en 1935. L'animateur, particulièrement doué pour dessiner les femmes (Blanche-Neige, Cendrillon, la Fée Clochette, Alice et Aurore), figure dans le groupe de designers, d'animateurs et de réalisateurs de légende connus comme "Les Neufs Sages de Disney". Avec les princesses, Davis animera deux méchantes emblématiques : Cruella d'Enfer et Maléfique. Pour lui, animer Maléfique fut un challenge car ce personnage interagit peu avec les autres et doit montrer toute sa puissance dans sa posture et son expression dans des plans face caméra. En 1967, Davis quitte le département de l'animation pour se consacrer exclusivement au développement des attractions du Parc Disneyland.

La naissance de Maléfique

L'inspiration esthétique de l'ensemble du film se fonde sur l'iconographie de la fin du Moyen Age. C'est Marc Devis, un des animateurs vedette des studios , qui se vit confier la lourde tâche d'animer la fée Maléfique. Marc Devis a notamment accentué le design angulaire et imposant de Maléfique de manière à ce qu'elle s'harmonise visuellement avec les décors, basés sur des lignes verticales et horizontales strictes, marque de fabrique des peintres des débuts de la Renaissance.

Les attributs du diable

Davis comparait volontiers Maléfique à une "chauve-souris vampire géante". Il lui conféra des attributs traditionnellement associés au diable : cornes de bouc et ailes de chauve-souris, le col hérissé de pointes qui encadrent son visage évoquant les flammes de l'enfer. "J'ai étudié de nombreux ouvrages, et en particulier un recueil de peintures religieuses tchèques. Il y avait un personnage sur fond de drappé rouge et noir. Ces motifs qui évoquaient des flammes étaient très intrigants." Davis s'est ingénié à créer une figure imposante et dominatrice par sa haute stature, sa posture hiératique et son costume théâtral et majestueux.

Animer une statue

Dans les films d'animation, le point crucial est de donner vie aux personnages par leurs gestes et leurs mouvements, comme des acteurs. "Maléfique représentait un problème, raconte Marc Davis. C'est fondamentalement un personnage d'orateur. Elle se tient là, sans agir, et elle parle au reste du monde." Pour pallier l'immobilité du personnage, il fallait trouver des parades : aussi Davis s'attacha-t-il à créer une dynamique dans sa silhouette même, pour que sa seule apparence, avant ses maléfices, soit déjà un élément dramatique en soi.

Eleanor Audley, l'inspiratrice

Marc Davis trouva une source d'inspiration particulièrement féconde dans la personne d'Eleanor Audley, voix et modèle action réelle de Maléfique. Walt Disney avait personnellement requis l'actrice pour être la voix de la méchante - un rôle dont elle s'était fait une spécialité après avoir incarné Lady Tremaine, la perfide belle-mère de Cendrillon. Il savait que par ses attitudes et sa gestuelle, elle apporterait nombre d'orientations intéressantes pour le développement du personnage. Marc Davis puisa dans son modèle la gestuelle subtile et la grandeur magistrale du personnage. "Je me suis attachée à produire beaucoup de contrastes, raconte l'actrice, pour être à la fois très douce et mauvaise." Eleanor avait une voix d'une grandde élégance, mais aussi d'une grande froideur, une voix capable d'instiller la crainte chez l'auditeur, et de lui indiquer par son seul timbre qu'il est en présence d'un personnage néfaste.

Le rôle des modèles actions réelle

L'études de modèles action réelle était alors essentielle pour les animateurs, qui ne disposaient pas, comme c'est le cas aujourd'hui, de banques de données sur la façon de dessiner un mouvement ou une attitude. Toutes les scènes faisant intervenir les personnages principaux étaient donc au préalable jouées par des acteurs en costumes, qui faisaient l'objet d'un casting pointilleux. Les animateurs passaient ensuite des heures à décomposer et analyser leurs mouvements pour les restituer d'une manière à la fois stylisée et naturelle. "Pourquoi inventer quand on peut voir ?" se plaisait à dire Marc Davis.

Maléfique en scène

Comme pour la plupart des films de Disney, toutes les scènes d'action principales ont été filmées en action réelle, avec des acteurs. Vêtue d'un costume très élaboré et de la fameuse coiffe cornue, Eleanor Audley interprétait les scènes telles qu'elles étaient mise en scène dans le story-board. Ces séquences, filmées dans une salle de tournage des studios avec des acteurs spécialisés dans la pantomime ou dans une discipline bien précise, (comme Helene Stanley, qui était danseuse pour la valse d'Aurore, et Ed Kemmer, acteur de films d'action pour le prince Philippe) furent étudiées des heures durant par les artistes animateurs, qui s'en servaient pour mettre au point chaque mouvement de leurs personnages, en les "transcrivant", en quelque sorte, sans jamais les calquer à l'identique. Le personnage de Maléfique réclama un travail de tous les instants, dans les moindres détails.

Motion capture

La motion capture, ou "capture de mouvement", est une technique d'animation permettant d'enregistrer les positions et les mouvements d'acteurs afin de les contrôler de manière virtuelle sur un ordinateur et de les reproduire. Evidemment, à l'époque de la production de La Belle au Bois Dormant, les animateurs ne disposaient pas d'ordinateurs. Ils se contentaient donc de filmer les comédiens, qui reproduisaient les mouvements tels qu'ils étaient présentés dans le story-board, et passaient des heures à les observer afin de les reproduire dans leurs dessins. Walt Disney, qui était contre cette technique, demandait à ses animateurs de traduire dans le style de l'animation ce qu'ils observaient et surtout pas de recopier exactement les mouvements des acteurs.

#Ashley

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