Il était une fois...

Il était une fois...

La Belle au Bois Dormant, sorti en 1959, est le troisième et dernier long métrage de Walt Disney inspiré d'un conte de fées, et dont le personnage principal est une princesse. Walt Disney a voulu faire de ce film d'une ambition extrême l'un des chefs-d'oeuvre de ses studios.

Le livre de style médiéval dans lequel se déroulerait l'histoire ouvre le film d'une façon extraordinaire et somptueuse. Les pages du livre devaient servir de fil conducteur aux nombreux épisodes du conte. L'origine de la légende de la belle endormie remonte au XIVe siècle, avec Perceforest, un texte français anonyme daté de 1340, qui regroupe différents récits et qui inspira nombre d'écrivains européens. C'est Charles Perrault qui en donne la version la plus célèbre, dans son recueil Les Contes de ma mère l'Oye paru en 1697. Les frères Grimm s'en inspireront largement pour leur propre version (La Belle au Bois Dormant, 1812).

Les premiers développements

Ces contes étaient bien connus de Walt Disney, qui après le succès de Blanche-Neige et les Sept Nains, en 1937, puis de Cendrillon en 1950, souhaitait revenir à l'adaptation d'un conte basé sur le merveilleux et prenant sa source dans des légendes européennes. Il fit déposer le titre du film dès janvier 1950, et en fit en 1951, Erdman Penner et Joe Donner, qui étaient déjà intervenus comme scénaristes sur Cendrillon, Alice au pays des merveilles, Peter Pan et la Belle et le Clochard, développèrent avec Joe Rinaldi (illustrateur, styliste, peintre visionnaire, et l'un des plus grands artistes Disney) un premier storyboard complet. Celui-ci se focalisait sur les années solitaires et mélancoliques de la princesse grandissant en recluse, cachée entre les murs du château à l'abri du monde extérieur et de la menace des rouets et autres quenouilles. Mais Disney le refusa, jugeant qu'il présentait trop de points communs avec Blanche-Neige et Cendrillon.

Une mise en oeuvre chaotique

Bien que les crédits du film ne mentionnent que Charles Perrault, les équipes allèrent puiser des motifs d'inspiration médiévale notamment, et s'attachèrent à développer les aspects dramatiques afin de pallier le manque d'action, jusqu'à l'élaboration du scénario bien connu. La mise au point de l'intrigue présentait nombre de difficultés, à commencer par sa brièveté. Les scénaristes décidèrent en effet de ne retenir que la première partie du conte de Perrault - supprimant ainsi le passage où la mère du prince, ogresse d'origine, cherche à dévorer sa bru Aurore et ses petits-enfants - pour finir sur le réveil et, comme il se doit, le happy end du mariage. Une fois le scénario établi, la production ne débuta concrètement qu'au milieu de l'année 1953. Mais elle languissait, handicapée par le manque de disponibilité de Walt Disney, qui souhaitait néanmoins tout valider, et qui était alors occupé à la construction du parc Disneyland et à la production de séries télévisées, pour lesquelles il mobilisait parfois certains de ses plus talentueux animateurs. A plusieurs reprises, il refusa des scènes importantes, qui durent être entièrement refaites.

Production à gros budget

La Belle au Bois Dormant fut la production la plus coûteuse jamais réalisée jusqu'alors en matière d'animation. "Il nous en coûta six ans de travail (en réalité, dix), déclarait Walt Disney, et six millions de dollars. Mais à nos yeux, le jeu en valait la chandelle."

La recherche de l'excellence

Quand il se pencha à nouveau sur son grand projet, en 1956, le budget s'était déjà envolé. Mais qu'importe, Walt Disney voulait que ce film représente l'apogée de l'art du film d'animation. Et c'est dans ce sens qu'il dirigea les quelque 300 artistes et techniciens qui travaillèrent à sa réalisation, car il souhaitait que chaque image constitue une oeuvre d'art en soi. Eric Larson, assistant réalisateur, se souvient des exigences qui l'animaient : "Walt m'avait dit après l'une de nos réunions sur le scénario qu'il se fichait du temps que cela prendrait, mais qu'il voulait que ce soit parfait. Il voulait faire quelque chose qui ne ressemblerait à rien de ce que l'on avait pu voir jusqu'alors."

Une superproduction

Le film fut aussi pensé pour s'inscrire parmi les grandes épopées en panoramique de l'époque, tel le formidable succès d'audience que fut Ben-Hur, sorti la même année (1959). C'est ainsi la première fois que l'on faisait intervenir une longue scène d'action haletante, avec le combat spectaculaire du Prince Philippe affrontant le dragon, seul sur son fier destrier Samson. Cette scène choqua certains détracteurs de l'époque, qui la jugèrent terrifiante pour des enfants. Le caractère épique que Walt Disney voulait donner à ce film guida le choix d'une esthétique fastueuse et très élaborée, servie par une technologie nouvelle : le panoramique Super Technirama 70, un format élargi qui succédait au CinémaScope.

La musique du film

Dans une optique d'excellence toujours, il fut décidé que la partition serait adaptée du ballet de Tchaïkovski. Ce chef-d'oeuvre de la musique classique ajoutait à la dimension sérieuse et à la haute tenue artistique de l'ensemble. Dès 1952,  les paroliers Sammy Fain et Jack Lawrence avaient composé une demi-douzaine de morceaux originaux pour accompagner la première version de l'histoire. Mais Walt Disney n'était pas satisfait. La Belle au Bois Dormant et son Prince charmant dansent dans un décor qui n'est pas sans rappeler celui de Fantasia (1940).

La nouveauté, toujours la nouveauté

Le style un peu Broadway qui marque les BO des dessins animés Disney ne s'accordait pas selon lui à l'esthétique extrêmement sophistiquée du film. Là aussi, il voulait proposer quelque chose de totalement différent de ce que les studios avaient produit jusqu'à alors. Un an plus tard, il avait tranché : la bande originale serait entièrement adaptée du ballet de Tchaïkovski. Des premiers morceaux préparés depuis 1952, seul fut conservé Once Upon a dream ( J'en ai rêvé dans la VF), repris également au générique. "La musique a toujours eu un rôle essentiel dans nos productions, remarque Disney. Souvent, un thème s'impose , qui détermine la façon dont elle va être développée. Ce fut le cas avec la musique de Tchaïovski pour la Belle au Bois Dormant, qui a finalement permis d'élaborer notre vision de ce grand classique." Selon Disney, le chef-d'oeuvre romantique mettrait en valeur la dimension artistique du film, et une fois cette orientation établie, la direction artistique pourrait progresser sur des bases solides. A l'actrice Helene Stanley, modèle action réelle pour Aurore, qui faisait des éloges sur la partition, il répondit en plaisantant : "Oui, nous avons un nouveau compositeur dans l'équipe. Il s'appelle Tchaïkovski."

Adapter un ballet classique

C'est à George Bruns que Walt Disney confia la mission d'adapter l'oeuvre du grand compositeur russe. Bruns partit en Allemagne du 8 septembre au 25 novembre 1958, pour diriger l'enregistrement avec l'Orchestre symphonique de Berlin, où l'on trouvait alors des équipements de pointe pour les enregistrements en stéréo six pistes. L'orchestre comptait seize violons, six altos, quatre violoncelles, quatre contrebasses, trois trompettes, le même nombre de trombones et de cors d'harmonie, un tuba, une harpe et un piano, et enfin des percussions. La bande son reçut plusieurs distinctions, dont l'Oscar de la meilleure musique pour un film musical en 1960. Les animateurs saississent au vol les mouvements d'Helen Stanley, pour la danse d'Aurore sur I wonder (Je voudrais).

A votre santé !

Une seule chanson a été créée et non pas adaptée du ballet : Skumps (Trinquons), entonnée par les rois Stéphane et Hubert pour porter un toast au futur mariage de leurs enfants. George Bruns ne trouva rien dans la partition qui puisse convenir, aussi composa-t-il lui même ce morceau, à la manière de Tchaïkovski ! Il conserva le titre de l'amusante chanson à boire imaginée par le scénariste Ralph Wright.

La conclusion de Walt Disney

Walt Disney conclut ainsi sur cette réalisation décriée tant pour son coût que pour la "minceur" de l'intrigue : ce fut "un véritable défi, mais qui fut relevé avec succès grâce aux talents conjugués des artistes et des techniciens des studios. Ils ont porté les procédés de l'animation à un point que l'on pourrait appeler " l'art de la peinture animée". " Bien que l'on évoque fréquemment l'échec commercial de ce film, il fut en réalité l'un des grands succès de l'époque en termes d'entrées, juste après Ben-Hur. Si le résultat ne fut pas satisfaisant financièrement, c'est parce que les recettes ne purent compenser le budget pharaonique de sa production.

Rythmer la bataille

En maquettant la scène de la bataille du prince contre le dragon, Ken Anderson savait que la musique serait essentielle pour l'impact des images. Après maintes écoutes du ballet, il trouva un passage qui suggérait le conflit... mais ne durait qu'une minute. Il discuta avec George Bruns de la possibilité de développer ce motif pour qu'il puisse couvrir l'intégralité de la scène. Contrairement à la pratique habituelle, où la musique est créée une fois que l'animation est terminée, celle-ci fut enregistrée, avec un orchestre au grand complet, avant que l'on ne commence l'animation de la scène. L'inversion du processus fait que le rythme de l'action est en parfaite symbiose avec celui de la musique. Maléfique, sous forme du dragon, accule le prince au bord de l'abîme.

#Ashley

Belle au bois dormant 1

 

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