Deux souris super stars

Deux souris super stars

Les Aventures de Bernard et Bianca, sorti en 1977, est le premier long métrage d'animation Disney à donner le rôle principal à deux souris. Le duo ne multiplie pas seulement les séquences comiques mais tient la vedette dans un véritable film d'action dramatique.

Walt Disney aimait les souris. Il en possède d'ailleurs une à l'époque où il fait naître, avec Ub Iwerks, la plus célèbre d'entre toutes : le fameux Mickey Mouse. Raison pour laquelle, sans doute, il est immédiatement séduit par le duo créé par la romancière anglaise Margery Sharp, à la fin des années 1950. Dans les romans comme dans le film, Bernard et Bianca sont deux héros sympathiques aux personnalités subtiles, dotés d'idées et de comportements quasi humains. Malgré leur apparente faiblesse, ils n'hésitent pas à braver les dangers d'un monde bien trop grand pour eux, et à secourir Penny, l'orpheline enlevée par l'avide Médusa, pour l'aider à s'emparer de l'Oeil du Diable, un diamant de légende.

Petits mais costauds

Minuscules héros à la fois classiques et modernes, les personnages de Bernad et Bianca sont issus d'une série de neuf romans écrits par Margery Sharp de 1959 à 1978. Les deux souris, très attachantes, possèdent des personnalités opposées; leur rencontre est une véritable réussite humoristique. Le comique de ce film réside aussi dans le choix judicieux de plonger ces petits animaux dans un monde d'humains.

Les tenues vestimentaires des souris traduisent parfaitement leur caractère et leur rang social. Bianca, toujours élégante, est sûre d'elle et bien éduquée. Bernard, vêtu d'une simple casquette et d'un pull lâche, est timide et maladroit.

Miss Bianca, la lady

Chez Margery Sharp, Bianca est décrite comme une gracieuse souris blanche, belle, très petite mais de proportions parfaites. Sa fourrure a la douceur de l'hermine, sa voix celle du velours. Sharp insiste sur ses yeux, son principal atout : "Alors que la plupart des souris ont les yeux d'un noir d'encre, ceux de Miss Bianca étaient d'un brun profond." Cultivée, Bianca écrit des poèmes, a des manières exquises et raffinées, le cou paré d'une fine chaînette d'argent la semaine, d'or le dimanche. D'un niveau social élevé, elle vit chez un ambassadeur, dans une élégante pagode de porcelaine, et voyage dans la Rolls-Royce du diplomate. Woolie Reitherman, réalisateur du film, choisit de reprendre les caractéristiques de ce personnage qu'il définit ainsi : "Le comportement de Bianca, souris élégante, un peu snob, est celui d'une dame."

L'ambassadrice

La coquetterie n'empêche pas le courage et le sens du devoir : Bianca est représentante de la Hongrie à la Rescue Aid Society (SOS Société), une organisation internationale de souris dont la vocation est de venir en aide à des personnes retenues prisonnières aux quatre coins du monde. Bouleversée par l'appel au secours de l'une d'entre elles, Penny, dont le message de détresse a été retrouvé dans une bouteille, Bianca se porte immédiatement volontaire pour cette mission. Bianca est une grande dame très élégante et éduquée.

Eva Gabor, le charme hongrois

Pour la voix de Bianca, Woolie Reitherman fait appel à Eva Gabor, une actrice connue pour son rôle dans la série Les Arpents verts (1965), à qui il avait déjà confié le rôle de Duchesse, dans les Aristochats 1970). L'actrice va influencer le style et les attitudes de Bianca : même coquetterie élégante, même gestuelle sophistiquée, très séductrice. D'origine hongroise, l'actrice en a gardé un léger accent. Qu'à cela ne tienne, Bianca devient hongroise, ce qu'elle n'était pas dans la série de Sharp. Eva Gabor ne peut que s'y retrouver : "Interpréter une souris me semblait moins facile que jouer une chatte. Puis j'ai vu la première scène où Bianca entre. J'ai l'habitude de toujours me caresser les cheveux, et voilà qu'elle faisait pareil ! Puis elle prenait son poudrier et se poudrait le nez comme je fais si souvent." Eva Gabor, la voix originale de Bianca, a largement inspiré les animateurs.

Une héroïne des années 1970

Dans le roman de Margery Sharp Au secours de Penny (1962), la Société d'aide aux prisonniers est l'équivalent de la SOS Société. La ligue des femmes y est très influente. Dans le roman, Bianca défend le féminisme : "Le coeur des femmes, bien que mille fois plus tendre, serait-il moins héroïque ?" Dans le film, bien que n'étant pas une militante, Bianca est une femme des années 1970 : libérée, indépendante, active et forte de son engagement dans la SOS Société pour un monde plus juste.

Bernard,la brave souris

Dans The Rescuers (Les Sauveteurs en français), de Sharp, Bernard occupe un poste à l'ambassade. Il est petit, solidement bâti, doté de grands pieds et d'une fourrure très drue. C'est un personnage un peu fruste mais bien élevé et courageux, qui a déjà fait ses preuves puisqu'il est décoré de la "Croix Thibault" pour sa conduite exemplaire face aux chats. A la fin du roman, Bernard est nommé secrétaire de la Société d'aide aux prisonniers. Dans le film, Bernard est assez différent de ce modèle. Concierge de la SOS Société, on le découvre occupé à balayer dans l'entrée tandis que les représentants de toutes les nations pénètrent dans la salle de réunion. Modeste et gentil, le personnage original est complexé par des défauts que le scénario exploite comme ressorts humoristiques : il est superstitieux, refuse de monter sur le treizième barreau d'une échelle, et il a tendance à bégayer. Tout ceci traduit son caractère craintif et l'empêche d'exprimer ses émotions. Au contraire de Bianca, il manque d'assurance et craint le jugement d'autrui. Employé d'ambassade dans les romans de Sharp, Bernard devient un modeste concierge dans le film. D'une timidité maladive et très peureux, Bernard cherche à tout prix à fuir l'aventure et aspire à la tranquilité.

Un duo contrasté...

Bianca a le goût du risque mais les dirigeants de la SOS Société lui imposent d'être accompagnée dans son aventure. Ne sachant qui choisir parmi les nombreux volontaires enthousiastes, la souris jette finalement son dévolu sur Bernard, le concierge. Bianca mène la danse dans ce duo constitué par la force des choses. Face à elle, Bernard prend rarement l'initiative. Son tempérament est celui d'un suiveur. Est-ce pour cela que cette femme de tête l'a choisi ? En tout cas, le binôme fonctionne parfaitement, donnant du relief au scénario.

... Et tendre

Malgré ses craintes et ses phobies, Bernard suit Bianca partout où elle l'entraîne, subjugué. Il faut dire qu'elle joue de ses charmes avec lui comme avec les autres membres masculins de la SOS Société. Bianca, entreprenante et audacieuse, l'appelle "mon chou" ou "très cher" alors qu'ils se connaissent à peine, l'embrasse et se blottit contre lui pendant le vol sur le dos d'Orville, l'albatros. Malgré tout ce qui les sépare, Bernard tombe vite amoureux, tandis qu'il est difficile de savoir si Bianca est vraiment séduite ou se joue de son compagnon d'aventure pour le motiver. Brave et loyal, Bernard sait pourtant se montrer protecteur et conquérir l'estime de sa partenaire.

Le graphisme de Bernard et Bianca

Les illustrations de Garth Williams pour les romans de Margery Sharp en 1959 se veulent réalistes : museau, oreilles, moustache et longue queue sont proches de ceux des vraies souris. Malgré leur comportement humain, elles ne sont habillées que de leur poil très long (Bianca n'est "vêtue" que de sa chaînette autour du cou). Ollie Johnston et Franck Thomas, les animateurs des deux héros, décident de conserver cet aspect réaliste. Cependant, pour que leur apparence corresponde à leur comportement, ils font évoluer les silhouettes pour les humaniser, comme l'explique Andy Gaskill; un animateur de l'équipe : "Ils élargirent les corps de façon à leur conférer des proportions plus humaines. Ils conservèrent les pattes d'une souris, mais en rapetissèrent la tête."

Une relation hiérarchique

Comme souvent chez Disney, nos deux souris sont habillées, ce qui permet de traduire leur statut social, et le décalage très net entre les deux personnages : Bianca est une "bourgeoise", Bernard un "homme du peuple". Pour partir en mission, Bianca revêt un élégant manteau assorti d'un foulard noué autour du cou. En vraie femme du monde, elle ne sort jamais tête nue mais couverte d'une de ses élégantes toques de fourrure, qu'elle troque à l'occasion contre un foulard pour se protéger de la pluie. Bernard quant à lui garde son pull-over rouge et sa casquette de travailleur, qui, avec son pelage gris, soulignent sa simplicité et sa discrétion. Bernard et Bianca possèdent des personnalités et des éducations opposées dont l'interaction est une réussite.

Rien que pour leurs yeux

Les yeux de Bernard et Bianca font l'objet d'un traitement inédit : le blanc disparaît pour être remplacé par la couleur du pelage , mettant en valeur les pupilles noires. Une option bien différente des yeux humanisés des animaux de Bambi (1942), ou des souris au style "cartoon" qui entourent Cendrillon (1950). Ollie Johnston explique ainsi ce choix : "Les yeux noirs d'une vraie souris n'ont pas de blanc et pas d'expression. Pour nos souris des Aventures de Bernard et Bianca, le blanc fut supprimé, même si la forme de l'oeil était déjà définie comme pour tous les personnages, c'est-à-dire proche de celle des humains. Le blanc fut donc remplacé par la couleur de la robe, un compromis réussi qui permit de créer un rendu plus proche de vraies souris."

#Ashley

Photos bernard bianca 5

 

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